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Quand le diagnostic fait écran au travail psychique

  • Photo du rédacteur: BRISSAUD Emilie
    BRISSAUD Emilie
  • 23 avr.
  • 3 min de lecture

Le diagnostic en psychologie : entre outil clinique et risque d’enfermement


Le diagnostic occupe aujourd’hui une place centrale dans les discours sur la santé mentale. Il est souvent recherché, parfois attendu comme une réponse claire à des difficultés psychiques. Nommer un trouble peut en effet permettre de donner du sens à ce qui est vécu, d’orienter une prise en charge, et d’adapter le cadre thérapeutique.

Dans la pratique clinique, le diagnostic constitue un repère important. Il ne s’agit pas de s’adresser de la même manière à des fonctionnements psychiques différents. Il oriente la compréhension du patient, les modalités d’accompagnement, ainsi que la manière d’entrer en relation avec lui.

Cependant, le diagnostic ne peut se réduire à une étiquette. Lorsqu’il est utilisé comme une réponse définitive, il peut avoir pour effet d’enfermer le sujet dans une catégorie, au risque de figer ce qui, dans le psychisme, reste en mouvement.


Quand le diagnostic vient répondre à une impasse


Dans certaines situations, la demande de diagnostic apparaît avec insistance, notamment lorsque les difficultés persistent malgré un suivi engagé. L’absence d’évolution visible, le sentiment d’impuissance ou encore la perte de repères peuvent conduire à rechercher une explication plus “objective”, supposée apporter une forme de certitude.

Le diagnostic peut alors avoir une fonction apaisante : il nomme, il cadre, il rassure. Il peut également, dans certains cas, venir décharger l’entourage d’un sentiment de responsabilité ou de culpabilité en attribuant les difficultés à une “maladie”.

Mais cette fonction peut aussi être défensive. En figeant la compréhension dans une catégorie diagnostique, elle peut éviter de se confronter à des dimensions plus complexes, notamment relationnelles ou subjectives.


L’adolescence : une prudence nécessaire


La question du diagnostic se pose de manière particulièrement sensible à l’adolescence. Il s’agit d’une période de remaniements psychiques majeurs, où les manifestations peuvent être intenses, fluctuantes, parfois déroutantes.

Dans ce contexte, la prudence est essentielle. De nombreux cliniciens, notamment Maurice Corcos, soulignent l’importance de ne pas figer trop rapidement un fonctionnement en une structure stable.

On parlera plus volontiers de traits ou de modalités de fonctionnement, en gardant à l’esprit que l’appareil psychique est encore en cours de transformation. La maturation neurologique elle-même se poursuit jusqu’à l’âge adulte, ce qui invite à éviter les assignations précoces et définitives.


Une évolution des demandes contemporaines


Il est de plus en plus fréquent de rencontrer des patients ou des familles en demande explicite de diagnostic. Cette demande peut s’inscrire dans un contexte où les discours sur les troubles psychiques sont largement diffusés, notamment via les médias et les réseaux sociaux.

Dans une perspective psychanalytique, cette évolution interroge. Elle témoigne d’un rapport au savoir où le sujet attend une réponse venant de l’extérieur, sous forme de catégorisation, plutôt qu’un travail d’élaboration progressive.

Le risque est alors que le diagnostic vienne faire écran au travail psychique, en proposant une réponse là où une question reste à élaborer.


Le travail thérapeutique pour ouvrir un espace de pensée


Dans ce contexte, le travail du psychologue ne consiste pas à refuser le diagnostic, mais à en faire un usage mesuré. Il s’agit de maintenir une place pour la singularité du sujet, pour ce qui ne se laisse pas entièrement réduire à une catégorie.

Le travail thérapeutique permet de déplacer la question du “qu’est-ce qu’il a ?” vers “qu’est-ce qui se joue pour lui ?”. Ce déplacement ouvre un espace où les symptômes peuvent être pensés, mis en lien avec une histoire, des relations, et un mode de fonctionnement propre à chacun.

Le diagnostic retrouve alors sa place : non pas comme une réponse définitive, mais comme un outil parmi d’autres, au service de la compréhension et du travail clinique.



Ces réflexions s’inscrivent dans ma pratique de psychologue clinicienne. Je reçois en consultation à Paris 16 et à Boulogne-Billancourt et en téléconsultation.

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© Emilie Brissaud | 2024

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